Pour les cinéphiles du studio danois IO Interactive, à qui l’on doit de nombreux excellents jeux Hitman, décrocher un jeu consacré à Bond était l’accomplissement d’un rêve. Rasmus Poulsen, directeur artistique de 007 First Light, y a vu une perspective particulièrement enthousiasmante : « Attendez, ça veut dire qu’on va travailler avec Aston Martin, non ? »
Et travailler avec Aston Martin, ils l’ont bel et bien fait. Le jeu traverse plusieurs époques automobiles, de la DBS de 1970 à sa descendante, la DBS V12 de 2006. Il propose surtout, vers la fin, un spectaculaire moment de catharsis au volant de la Valhalla.
L’apparition de cette supercar hybride rechargeable plus récente est bienvenue, mais elle reste brève : elle ne donne qu’un avant-goût alléchant de la puissance et de la maîtrise ressenties à son volant. Les fans en voulaient davantage. Nous aussi. Alors, fait assez inhabituel dans l’industrie du jeu vidéo en 2026, IO Interactive nous en a tout simplement donné plus, gratuitement.
Le contenu téléchargeable Opérations prolongées, arrivé le 1er octobre, fait revenir la Valhalla pour un long trajet en direction de la Slovaquie et permet aux joueurs de profiter pleinement de la voiture.
Les Aston Martin choisies pour 007 First Light
Le chemin pour en arriver là n’a pourtant pas été simple. « Nous savions que nous voulions des voitures qui correspondent, d’un côté, à l’ancien monde, explique Poulsen, et, de l’autre, au nouveau. »
« Je me souviens qu’on parlait de la Vantage de 1981 quand Mourir peut attendre est sorti, et qu’on s’est dit : “Vous l’avez fait [avant nous], bande de c*.” »
Se faire devancer par le dernier Bond au cinéma présentait toutefois un avantage : l’équipe d’IO savait que son instinct pour choisir les Aston était le bon. Elle est donc revenue à une autre classique qu’elle avait envisagée.
« La DBS de 1970 ou de 1969 se trouvait elle aussi à la limite de ce dont on discutait. C’est vraiment une voiture de grand tourisme pour gentleman. Sa calandre est à la fois très sobre et brutale, tandis que la Vantage est un peu plus sculptée. »
Dans 007 First Light, la DBS de 1970 et son élégance toute britannique apparaissent lors d’une fuite riche en adrénaline. Peinte dans un jaune aux accents nostalgiques du « bon vieux temps », elle déborde de charisme. Mais la séquence de conduite en Aston Martin la plus grisante du jeu restait encore à venir. Les échanges avec le constructeur se sont approfondis et la Valhalla a été évoquée. Dès lors, sa présence s’imposait.
Concevoir la Valhalla et ses armes
Un seul problème se posait : lorsque IO Interactive a commencé à produire le jeu, la Valhalla n’existait pas encore à proprement parler.
« Ils nous ont permis de découvrir la Valhalla en avant-première et nous ont transmis les plans de CAO. Notre talentueuse équipe artistique les a examinés, puis elle a pu développer et peaufiner le véhicule pour qu’il soit utilisable dans le moteur du jeu. »
Ces fichiers de conception assistée par ordinateur révélaient à l’équipe les moindres détails des éléments composant la Valhalla, jusqu’au dernier panneau de carrosserie. Ils ont aussi donné lieu à une discussion inévitable : « Alors, pour l’armement, qu’est-ce qu’on fait ? »
Au cinéma, M. Bond aime généralement que ses armes se déploient à l’avant. Pour le conducteur, c’est la solution la plus logique : il suffit de diriger la voiture vers ce sur quoi il veut tirer. Mais dans un jeu, la caméra à la troisième personne montre le plus souvent l’arrière du véhicule. Les canons habituellement montés dans le radiateur avant passeraient donc inaperçus. L’équipe de Poulsen devait imaginer un armement visible lorsqu’on regarde la Valhalla de derrière.
« Nous savions qu’il nous fallait un déploiement crédible, quelque chose qui paraisse réel et brutal, tout en étant fantastique et totalement divertissant. » C’est ainsi que le mélange de mitrailleuses à l’ancienne de la Seconde Guerre mondiale et de dispositifs de science-fiction a inspiré l’arsenal propre à la Valhalla dans le jeu. Les armes installées sur les côtés tiennent compte de la vue à la troisième personne.
La Valhalla de 007 First Light prend la route
Bien entendu, l’apparence et les sensations procurées par la voiture ne représentent qu’une moitié de l’équation. Maintenant que la mise à jour gratuite laisse davantage de place à la Valhalla pour s’exprimer, les missions et les environnements ont eux aussi dû s’étendre pour l’accueillir.
« Toute la structure des missions repose sur notre envie de voir Bond réagir et avancer, explique Dominic Vega, directeur du jeu. Il franchit un abri pour neutraliser quelqu’un. Il fait du bruit par accident, doit très vite se débarrasser de trois types, puis, alors que le dernier s’enfuit, il lui lance un marteau à la tête et le neutralise, vous voyez ? C’est typiquement le genre de choses que ferait Bond. C’est un peu différent d’un jeu d’infiltration classique ou d’un jeu d’action classique. Nous laissons ces dynamiques se déployer dans le niveau. Les poursuites et les séquences en voiture doivent procurer les mêmes sensations. »
Autrement dit, le trajet jusqu’en Slovaquie n’a rien d’une simple promenade. Pour retrouver l’authenticité de Bond, il faut s’en sortir de justesse et rester constamment au bord de la catastrophe. Dans une supercar à 600 000 livres sterling, cette impression est d’autant plus vive.
Vega, Poulsen et l’équipe d’IO ont manifestement pris au sérieux leur rôle de sélectionneurs : leurs choix servent le personnage et l’univers autant que leurs goûts personnels. Si le jeu ne visait qu’à satisfaire ces derniers, la liste des voitures serait pourtant bien différente.
Le choix personnel de Poulsen figure tout de même dans le jeu : « C’est la DBS de Casino Royale. Celle qui fait des tonneaux. Quand on voit la version non sportive, on se dit : “Un dessin d’Ian Callum”, n’est-ce pas ? On se dit : “D’accord, oui, c’est joli.” Puis on voit la DBS, et ça lui donne tout simplement dix ans de vie en plus. »
Vega, lui, a une approche assez différente : « La gondole de Moonraker et l’aéroglisseur [de Meurs un autre jour]. J’adore les voitures et j’enregistre leur son depuis des années, mais ce sont ces engins qui m’amusent le plus, parce qu’ils rappellent toute l’étendue de l’univers de Bond. »






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