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Comment la blatte germanique a conquis le monde

Chercheur en blouse blanche observant un insecte au microscope dans un laboratoire avec ordinateur et carte du monde.
Dans cet article
  1. L’énigme de la blatte germanique
  2. Le séquençage génétique entre en jeu
  3. Du golfe du Bengale au reste du monde
  4. La course aux armements contre les blattes germaniques

Les blattes germaniques prospèrent dans les bâtiments du monde entier. Comptant parmi les espèces de cafards les plus répandues, elles causent des désagréments aussi bien chez nous qu’à l’étranger. Pourtant, on ne les trouve nulle part dans la nature.

Jusqu’à présent, on ignorait comment ce nuisible urbain avait évolué et colonisé nos habitations.

Nous avons étudié la blatte germanique (Blattella germanica) par séquençage de l’ADN et retracé ses origines jusqu’à l’est de l’Inde et au Bangladesh.

C’est une histoire fascinante qui montre comment les humains ont permis à l’un des nuisibles qu’ils détestent le plus d’évoluer et de se répandre.

L’énigme de la blatte germanique

La protagoniste de notre histoire a attiré l’attention en Europe de l’Est, lorsqu’elle a été repérée dans les réserves alimentaires des armées pendant la guerre de Sept Ans (1756-1763). Chaque camp lui a donné le nom de son adversaire : les Russes l’appelaient la « blatte prussienne », tandis que les soldats britanniques et prussiens la nommaient la « blatte russe ».

En 1767, le biologiste suédois Carl von Linné a ensuite classé et nommé l’espèce (Blatta germanica). Blatta signifie en latin « qui évite la lumière », tandis que germanica renvoie à l’Allemagne, où les spécimens étudiés avaient été recueillis. Le genre a par la suite été renommé Blattella afin de réunir les plus petites variétés de blattes.

Les scientifiques ont fini par découvrir en Afrique et en Asie des espèces apparentées, à l’anatomie semblable. Ils ont avancé différentes hypothèses : la blatte germanique aurait pu évoluer d’abord en Afrique ou en Asie, avant de conquérir le monde.

Mais ils ne disposaient d’aucun moyen de vérifier leurs théories. Nous, si.

Le séquençage génétique entre en jeu

Nous avons prélevé des échantillons d’ADN sur 281 blattes provenant de 17 pays répartis dans le monde.

Nous avons ensuite comparé les séquences d’une région génétique particulière, appelée CO1. Cette méthode est connue sous le nom de « code-barres ADN ».

En comparant la blatte germanique à des espèces asiatiques similaires, nous avons trouvé une correspondance. Sa séquence était presque identique à celle de Blattella asahinai, originaire de la région du golfe du Bengale.

Plus de 80 % de nos échantillons de blattes germaniques correspondaient parfaitement. Les 20 % restants ne présentaient que de très faibles différences.

Cela signifie que les deux espèces ont divergé il y a seulement 2 100 ans : un battement de cils à l’échelle de l’évolution.

Du golfe du Bengale au reste du monde

Nous pensons que B. asahinai s’est adaptée à la vie aux côtés des humains après que des agriculteurs ont défriché son habitat naturel, comme l’ont fait d’autres espèces.

Les ancêtres de B. asahinai ont ainsi quitté les champs indiens pour les bâtiments et sont devenus dépendants des humains. Mais comment se sont-ils ensuite répandus dans le monde ?

Pour répondre à cette question, nous avons analysé un autre ensemble de séquences d’ADN du génome de la blatte.

Cette fois, nous avons étudié des séquences appelées SNP, ou polymorphismes d’un seul nucléotide. Grâce à nos échantillons issus de 17 pays sur six continents, nous avons pu déterminer comment la blatte germanique s’était propagée de ses terres d’origine au reste du monde.

Une première vague migratoire a quitté la région du golfe du Bengale il y a environ 1 200 ans pour se diriger vers l’ouest. Les blattes ont probablement voyagé avec les marchands et les armées des califats islamiques omeyyade et abbasside, alors en pleine expansion.

Une deuxième vague s’est déplacée vers l’est, jusqu’en Indonésie, il y a environ 390 ans. Ces blattes ont sans doute voyagé avec des compagnies commerciales européennes, comme les Compagnies britannique et néerlandaise des Indes orientales. Dès le début du XVIIe siècle, plusieurs compagnies de ce type commerçaient à travers l’Asie du Sud-Est et avec l’Europe.

Nos recherches indiquent que les blattes germaniques sont arrivées en Europe il y a environ 270 ans, ce qui concorde avec les archives historiques de la guerre de Sept Ans.

La blatte germanique s’est ensuite répandue depuis l’Europe vers le reste du monde il y a environ 120 ans. Cette expansion mondiale correspond aux traces historiques de l’apparition de cette nouvelle espèce dans différents pays.

Nous pensons que le commerce mondial a facilité cette propagation : les populations les plus proches génétiquement se trouvent dans des pays liés culturellement, plutôt que dans des pays simplement voisins. Dans le même ordre d’idées, nous avons identifié une autre expansion en Asie, vers le nord et l’est, en direction de la Chine et de la Corée, il y a environ 170 ans.

Lorsque les navires à vapeur ont remplacé les voiliers, ces passagers clandestins ont été transportés plus rapidement. Des trajets plus courts augmentaient leurs chances d’arriver vivants et d’envahir de nouveaux pays.

Puis, les améliorations apportées aux logements, notamment la plomberie et le chauffage intérieur, ont créé des conditions favorables à leur survie et à leur prolifération dans les bâtiments du monde entier.

La course aux armements contre les blattes germaniques

Les humains n’aiment évidemment pas les blattes : la survie de ces envahisseuses dépendait donc de leur capacité à rester cachées.

La blatte germanique a évolué pour devenir nocturne, comme son nom l’indique, et éviter les espaces ouverts. Elle a cessé de voler, tout en conservant ses ailes.

Ces blattes sont connues pour leur aptitude à développer rapidement une résistance à de nombreux insecticides utilisés dans les pulvérisations sur les surfaces. Une résistance peut apparaître en quelques années. La recherche de nouvelles substances actives est donc difficile, compte tenu du coût élevé de leur découverte, des tests de sécurité et de leur homologation.

À leur arrivée dans les années 1980, les appâts contre les blattes étaient bon marché et efficaces. Mais leur efficacité contre les blattes germaniques a rapidement diminué. Ces appâts utilisaient en effet des sucres pour les attirer : les blattes qui avaient un « penchant pour le sucré » étaient tuées, tandis que celles qui préféraient d’autres goûts survivaient et se reproduisaient.

À mesure que nous élaborons de nouvelles stratégies contre les blattes germaniques, nous devons tenir compte de la façon dont elles pourraient évoluer pour échapper aux attaques. Comprendre l’apparition de la résistance nous permettrait de trouver de meilleurs moyens de contre-attaquer et de repérer des points faibles à exploiter.

Après tout, la blatte germanique continuera d’évoluer et de s’adapter pour survivre : la course aux armements qui nous oppose à elle se poursuivra donc pendant des années.

Theo Evans, professeur associé en entomologie appliquée à l’Université d’Australie-Occidentale, et Qian Tang, chargé de recherche en biologie évolutive à l’Université Harvard.

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Consultez l’article original.

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Élodie Marceau

Historienne de l’art et commissaire d’exposition, Élodie Marceau est spécialisée dans les scènes artistiques contemporaines d’Afrique de l’Ouest et de la diaspora. Elle s’intéresse particulièrement aux artistes, aux collections et aux initiatives culturelles mises en lumière par Galerie Noir d’Ivoire, entre Abidjan, Paris et les réseaux internationaux.

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