Trois jours après la disparition de la chanteuse des Rita Mitsouko, la musique française perd Patrick Zelnik, mort le 17 septembre à l’âge de 79 ans. Moins familier du grand public que les artistes dont il a lancé la carrière, il a néanmoins contribué à dessiner le paysage musical de ces quarante dernières années.
Une semaine noire pour la musique française
La nouvelle est arrivée alors que le monde de la musique se remettait à peine de la mort de Catherine Ringer, survenue dans la nuit du 14 septembre. Patrick Zelnik s’est éteint trois jours après elle, le 17 septembre, à 79 ans.
Cette cruelle coïncidence n’en est pas entièrement une aux yeux d’une partie de la profession : leurs parcours se sont rencontrés. Zelnik faisait partie de ceux qui avaient accompagné les premiers pas des Rita Mitsouko.
Les artistes ont réagi rapidement, davantage que les institutions. Liane Foly, Carla Bruni et Benjamin Biolay ont fait part publiquement de leur peine. Liane Foly a livré un court message : « Merci cher Patrick. Tristesse immense gratitude. »
Patrick Zelnik, l’homme qui a implanté Virgin en France
Patrick Zelnik faisait partie de ces personnalités qui ne montent jamais sur scène, mais sans lesquelles celle-ci ne pourrait exister.
Il a créé Virgin France, branche française du label britannique, à une époque où le secteur musical hexagonal cherchait sa voie entre la variété établie et la nouvelle scène rock. Une part de son influence s’exerce alors : Virgin France devient un passage pour des artistes que les maisons de disques traditionnelles considèrent avec prudence.
Les Rita Mitsouko sont de ceux-là. Le duo composé de Catherine Ringer et Fred Chichin ne correspondait à aucun des modèles que le marché savait commercialiser. Il fallait trouver quelqu’un prêt à miser sur eux.
Naïve, le deuxième acte
Zelnik crée en 1997 Naïve, un label indépendant qui deviendra l’une des réussites françaises les plus remarquées de cette période.
Naïve se démarque par une rare double identité : une politique d’auteurs dans la chanson et un important travail patrimonial consacré à la musique classique. Le label entreprend notamment d’enregistrer systématiquement l’œuvre de Vivaldi, un projet devenu une référence bien au-delà des frontières françaises.
Carla Bruni sort son premier album chez Naïve en 2002. Son succès, inattendu, dépasse de très loin les prévisions. Benjamin Biolay, Bénabar et Camille accomplissent eux aussi une partie de leur parcours au sein du label.
Un rôle dans les débats publics
Son influence ne s’est pas limitée au monde du disque.
En 2010, Patrick Zelnik copréside une mission sur la création et Internet, remise au gouvernement alors que la filière musicale cherche un modèle après la chute des ventes physiques. Le rapport qui en découle, souvent appelé par son nom, nourrit durant des années les échanges sur le financement de la création à l’ère numérique.
Ses conclusions peuvent faire débat. Il reste difficile de nier qu’il a porté ces questions à une époque où peu de professionnels acceptaient de les affronter publiquement.
Ce que perd la profession
Le métier de directeur de label s’est transformé au point de devenir méconnaissable. Les plateformes, les données d’écoute et les algorithmes de recommandation ont pris la place d’une partie du flair et de la prise de risque personnelle.
Patrick Zelnik appartenait à la génération précédente, pour laquelle signer un artiste supposait d’engager une conviction personnelle et un budget, sans la moindre garantie. Les Rita Mitsouko, Carla Bruni ou encore l’intégrale Vivaldi : aucun de ces paris n’allait de soi au départ.
C’est sans doute ce que les artistes saluent depuis trois jours, davantage que la liste de ses succès.






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