En Italie, un homme a été condamné pour escroquerie au terme de dix années de procédure. Il avait fait construire un faux théâtre romain et proposé des visites guidées payantes durant plusieurs années.
Cette affaire à peine croyable agite le pays. Âgé de 69 ans, Franco Malosso a écopé d’un peu plus de 2 ans de prison à la suite d’une décision de la Cour suprême italienne, après dix ans de procédure. Il lui était reproché d’avoir construit un faux théâtre romain, puis d’en avoir facturé la visite 40 euros par personne.
Un faux théâtre romain ouvert aux touristes
Selon CNN, tout commence vers 2014. Franco Malosso se lance alors dans la construction d’un faux théâtre romain sur un terrain de 5 000 mètres carrés, à Arcugnano, petit village du nord de l’Italie situé près de Vérone. Avec du ciment, de la fibre de verre, du plâtre et des pierres qu’il prend soin de vieillir artificiellement à l’aide de polystyrène, il monte une supercherie capable de tromper aussi bien la commune que les touristes.
Durant plusieurs années, le monument figure dans les guides touristiques. Les visiteurs déboursent 40 euros pour une visite guidée, tandis que les habitants du secteur bénéficient d’un tarif préférentiel. Lors des excursions, Malosso soutient que le lieu rassemble des vestiges néolithiques, hellénistiques et romains. Il va jusqu’à raconter aux touristes que Jules César et Cléopâtre y auraient assisté à un spectacle. Pour expliquer l’apparition soudaine du site, il prétend l’avoir découvert à la suite d’un glissement de terrain.
Un théâtre romain qui imitait mal l’Antiquité
La supercherie est finalement découverte en 2016. Après des signalements, la ville dépêche sur place des agents de la brigade de protection du patrimoine artistique, spécialisée dans la lutte contre la fraude artistique. Leur verdict est catégorique : le théâtre est un faux grossier, au point de laisser les forces de l’ordre stupéfaites. Cité par CNN, le lieutenant-colonel Giuseppe Marseglia déclare :
« De tous les criminels, les faussaires sont les plus talentueux, car ils sont capables de créer de véritables œuvres d’art. Il y a ensuite les escrocs… Je n’ai aucun respect pour Malosso. Le traiter de faussaire est une insulte aux faussaires »
Pour tout connaisseur, la tromperie était facile à déceler : l’architecture, l’emplacement comme la construction trahissaient le faux. Même le nom donné au lieu, l’Amphithéâtre Berico, était erroné, les amphithéâtres romains étant de forme elliptique. Malosso affirmait en outre qu’il s’agissait d’un théâtre d’origine grecque, alors que les Grecs ne se sont jamais établis dans le nord de la péninsule.
Les archéologues face à la supercherie
Ces mensonges accumulés n’ont pas longtemps fait illusion. Jacopo Bonetto, archéologue à l’université de Padoue, l’explique au journal El País :
« Il est totalement absurde de penser qu’un bâtiment ancien puisse être confondu avec un bâtiment moderne, même s’ils ont été construits de la même manière. Le contexte est fondamental, car les édifices antiques n’étaient construits que dans des lieux précis. Les théâtres antiques étaient, dans 99 % des cas, bâtis à la périphérie des villes romaines. Un théâtre en pleine campagne, loin d’un centre urbain antique, est forcément un faux »
L’affaire ébranle non seulement l’Italie, mais aussi le milieu de l’archéologie. Darius Arya, archéologue réputé et animateur de télévision, a lui aussi réagi :
« L’idée même est insensée, diabolique. On voit tout de suite que c’est un canular. Je suppose qu’il y a toujours un pigeon pour se faire avoir, mais j’imagine que quand on fait de la publicité pour quelque chose, les gens pensent que c’est du sérieux. »
Dix ans de procédure pour le faux théâtre romain
Après dix années de procédure, marquées par des appels et des passages devant la Cour suprême italienne, Franco Malosso a finalement été condamné à 28 mois de prison. L’originalité du dossier et les changements constants dans la défense de l’accusé ont compliqué l’affaire. Il a notamment assuré que le faux était si grossier qu’il ne pensait pas avoir été pris au sérieux.
Il affirme également que le prix des billets servait à entretenir le site. Le faux théâtre a pourtant été réalisé avec des moyens professionnels et par des ouvriers qualifiés, qui ont témoigné devant la cour. Cette parodie de ruine a en outre été construite sur les collines de Berici, classées au patrimoine de l’UNESCO. Outre sa peine de prison, Malosso doit s’acquitter d’une amende de 3 000 euros et de 3 500 euros de frais de justice. Le faux théâtre devra être démoli.
Une interrogation reste sans réponse : qu’est-ce qui a poussé Franco Malosso à entreprendre un projet aussi dément ?






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