Maladie X : une désinformation qui franchit les frontières
Forgée par l’Organisation mondiale de la santé pour désigner une hypothétique pandémie future, la « maladie X » se retrouve au cœur d’un flot de fausses informations que des complotistes américains amplifient et dont ils tirent profit.
Selon les vérificateurs de l’AFP, ces rumeurs, notamment celle selon laquelle l’agent pathogène inconnu révélerait un complot des élites visant à dépeupler la Terre, semblent avoir pris naissance aux États-Unis avant de gagner l’Asie dans plusieurs langues régionales.
Cette désinformation, qui se propage rapidement et illustre les dangers d’une modération réduite sur les réseaux sociaux selon des experts, risque d’alimenter la défiance envers les vaccins et de compromettre la préparation aux urgences sanitaires, quatre ans après l’apparition du Covid-19.
Aux États-Unis, des influenceurs de droite attisent les craintes autour de la maladie X tout en profitant des rumeurs pour vendre des trousses médicales contenant un traitement contre le Covid-19 dont l’efficacité n’est pas démontrée, selon des spécialistes de la santé.
« Les marchands de désinformation cherchent à exploiter cette théorie du complot pour vendre des produits », a déclaré à l’AFP Timothy Caulfield, de l’Université de l’Alberta, au Canada.
« C’est souvent leur principale source de revenus. Le conflit est profond. Sans la peur qu’ils suscitent sans preuve autour des vaccins et des complots gouvernementaux, ils auraient peu ou pas de revenus. »
Les théories complotistes ont particulièrement pris leur essor après la tenue, en janvier, d’une table ronde intitulée « Se préparer à la maladie X », consacrée à une possible pandémie future par le Forum économique mondial, cible fréquente de la désinformation.
Vendre des produits
Alex Jones, fondateur du site InfoWars, a gagné des millions en diffusant des théories du complot sur les tueries de masse et le Covid-19. Sur les réseaux sociaux, il a affirmé à tort qu’un projet mondialiste prévoyait d’utiliser la maladie X comme une « arme de mort génocidaire ».
Lorsque le complotisme a gagné la Chine, des publications diffusées sur TikTok et X, anciennement Twitter, ont prétendu que le gouvernement chinois déployait des fours crématoires mobiles pour faire face à des « morts massives ».
Mais des recherches d’images inversées ont permis aux vérificateurs de l’AFP d’établir que les vidéos montraient en réalité des services de crémation pour animaux de compagnie.
En octobre dernier, les vérificateurs de l’AFP ont aussi démenti des publications en ligne en Malaisie affirmant que des infirmières étaient contraintes de recevoir un vaccin inexistant contre la maladie X.
Le cardiologue américain Peter McCullough, connu pour diffuser de fausses informations sur le Covid-19, a déclaré sans preuve que la maladie X « devrait être fabriquée dans un laboratoire biologique ».
Il a avancé cette affirmation sur le site de The Wellness Company, fournisseur américain de compléments alimentaires dont il est le directeur scientifique.
Incitant le public à « être prêt » face à la maladie X, le site propose une « trousse médicale d’urgence » à environ 300 dollars. Elle contient notamment de l’ivermectine, un médicament dont l’efficacité contre le Covid-19 n’est pas démontrée.
The Gateway Pundit, site de droite tristement connu pour ses théories du complot, a lui aussi fait la promotion de ces trousses dans un message sponsorisé intitulé « “MALADIE X” : les mondialistes préparent-ils une nouvelle pandémie ? »
« Ne vous laissez pas prendre au dépourvu », avertissait le message, qui renvoyait les lecteurs vers un lien permettant de commander les trousses.
Une désinformation rarement contestée
« Propager des théories du complot pour gagner de l’argent est une combine bien établie à droite », a déclaré à l’AFP Julie Millican, vice-présidente de Media Matters, organisme de surveillance proche de la gauche.
« Les personnes les plus susceptibles de diffuser des théories du complot » sur des sujets comme la maladie X, a-t-elle ajouté, « cherchent aussi un moyen de tirer profit de leur public ».
The Wellness Company et The Gateway Pundit n’ont pas répondu aux demandes de commentaires de l’AFP.
Une grande partie de la désinformation semble rester sans réponse, alors que des plateformes comme X réduisent leur modération dans un contexte de compression des coûts qui a décimé les équipes chargées de la confiance et de la sécurité.
Les risques de la désinformation pour la santé publique
Ces théories s’appuient sur la défiance croissante envers les vaccins depuis le Covid-19, qui pourrait avoir des conséquences « de grande ampleur » pour la santé publique, selon Jennifer Reich, sociologue à l’Université du Colorado à Denver.
« Depuis le Covid, nous constatons une baisse du soutien aux vaccins infantiles et, dans les enquêtes, un soutien accru au droit des parents de refuser les vaccins pour leurs enfants », a-t-elle indiqué à l’AFP.
Selon des publications sur les réseaux sociaux repérées par l’AFP, certains adeptes des théories sur la maladie X ont promis de refuser les futurs vaccins, une position susceptible de limiter la réponse à de véritables urgences sanitaires.
« La désinformation peut aussi conduire certains groupes de la population à adopter des mesures inefficaces, voire nuisibles, pendant une épidémie », a déclaré à l’AFP Chunhuei Chi, professeur de santé mondiale à l’Université d’État de l’Oregon.
« Elle peut devenir un obstacle majeur à une préparation et à une prévention proactives face à une maladie contagieuse émergente au sein d’une société. »
© Agence France-Presse






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