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Ate Chuet mis en examen : ses liens présumés avec la Chine au cœur de l’affaire

Homme en tenue militaire expliquant un plan à deux personnes autour d'une maquette d'avion de chasse sur une table.
Dans cet article
  1. Ate Chuet, du Rafale au succès sur YouTube
  2. Des révélations sur l’académie sud-africaine TFASA
  3. Les services de renseignement saisis du dossier
  4. Un enjeu de sécurité nationale

Avant de s’imposer sur YouTube, Ate Chuet était pilote de chasse dans l’armée française. Il a été mis en examen pour avoir potentiellement transmis à la Chine des informations hautement stratégiques. Retour sur cette affaire hors norme.

Pierre-Henri Chuet, ancien pilote et créateur de la célèbre chaîne YouTube « Ate Chuet », a été mis en examen pour « livraison d’informations à une puissance étrangère », « divulgation de secret de défense nationale par son dépositaire », « intelligence avec une puissance étrangère » et « collecte d’informations sur les intérêts fondamentaux de la nation ». Selon Intelligence Online, il a été présenté à un juge d’instruction puis placé sous contrôle judiciaire.

Ate Chuet, du Rafale au succès sur YouTube

Cette décision interrompt brutalement son parcours en ligne. Fort de son expérience de pilote de chasse sur l’emblématique Rafale, l’ancien officier a su faire de son expertise technique un succès populaire sur les réseaux sociaux. Sur sa chaîne, qui compte plus de 500 000 abonnés, il explique le pilotage de chasse, décrypte les stratégies aériennes et analyse les avions de combat, dans un style pédagogique très apprécié. Sa notoriété lui a aussi ouvert la voie à des activités privées de conseil et de formation.

Mais certaines prestations réalisées à l’étranger ont peu à peu éveillé l’attention des autorités françaises. Les compétences hautement stratégiques acquises dans l’armée sont en effet soumises à des règles légales et sécuritaires particulièrement strictes. Pierre-Henri Chuet est soupçonné de les avoir enfreintes.

Des révélations sur l’académie sud-africaine TFASA

Les soupçons portent notamment sur son rôle présumé auprès de l’académie sud-africaine TFASA, l’Académie sud-africaine d’essais en vol. Plusieurs services de sécurité occidentaux surveillent cette société privée, qui recrute d’anciens instructeurs et pilotes de chasse de l’OTAN. Leur savoir-faire sert ensuite à former les pilotes de l’Armée populaire de libération (APL) chinoise aux tactiques d’interception et aux manœuvres de combat aérien mises au point par les armées occidentales.

Ces dernières années, plusieurs médias, dont Mediapart et M6, ont alerté sur le sujet, tout comme Xavier Tytelman, consultant en aéronautique et défense et lui-même ancien militaire. Ils ont révélé l’existence de courriels échangés entre le vidéaste et l’organisme sud-africain, accompagnés de supports de formation destinés à l’armée chinoise. Les prestations auraient été au-delà de la seule théorie aéronautique et abordé des domaines très sensibles, parmi lesquels l’entraînement aux tactiques d’interception et le combat aérien rapproché.

Ate Chuet se serait ainsi rendu en Chine en 2018 et en 2019 pour prendre part à des séminaires. Il aurait également utilisé une société établie au Royaume-Uni afin de toucher des rémunérations très attractives, pouvant atteindre 60 000 euros. « Soutenir la Chine, c’est soutenir un pays qui nous veut du mal à nous et à nos alliés. Le fait d’avoir des militaires français qui forment des soldats ennemis pour les faire monter en puissance contre nous, c’est dramatique », regrettait Xavier Tytelman lors d’une émission en direct sur YouTube, diffusée début 2025.

Les services de renseignement saisis du dossier

La Direction du renseignement et de la sécurité de la Défense (DRSD), responsable du contre-espionnage militaire, a d’abord pris l’affaire en charge. Compte tenu de la gravité des éléments recueillis, la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) lui a ensuite succédé. Ses enquêteurs ont perquisitionné le domicile de l’ancien pilote avant de le placer en garde à vue.

Un enjeu de sécurité nationale

L’affaire concerne directement les intérêts vitaux de la défense nationale. Pour le ministère des Armées, la transmission de compétences tactiques aussi essentielles à une puissance rivale telle que la Chine constituerait un risque sécuritaire majeur, qui pourrait remettre en cause la supériorité aérienne des forces alliées lors d’un futur conflit. La Chine, qui convoite très sérieusement Taïwan, possède trois porte-avions et prévoit de porter leur nombre à neuf d’ici à 2035.

Pierre-Henri Chuet conteste pour sa part tous les faits qui lui sont reprochés et bénéficie pleinement de la présomption d’innocence. L’instruction devra établir précisément quelles données ont été échangées et déterminer si l’ancien pilote a sciemment franchi la ligne rouge de la trahison ou s’il s’est aventuré dans une zone grise.

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Élodie Marceau

Historienne de l’art et commissaire d’exposition, Élodie Marceau est spécialisée dans les scènes artistiques contemporaines d’Afrique de l’Ouest et de la diaspora. Elle s’intéresse particulièrement aux artistes, aux collections et aux initiatives culturelles mises en lumière par Galerie Noir d’Ivoire, entre Abidjan, Paris et les réseaux internationaux.

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